{"id":1403,"date":"2020-05-04T20:03:14","date_gmt":"2020-05-04T18:03:14","guid":{"rendered":"http:\/\/icaif.org\/?p=1403"},"modified":"2020-05-04T20:03:14","modified_gmt":"2020-05-04T18:03:14","slug":"ces-poissons-nont-que-quelques-neurones-de-difference","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/icaif.org\/index.php\/2020\/05\/04\/ces-poissons-nont-que-quelques-neurones-de-difference\/","title":{"rendered":"Ces poissons n&rsquo;ont que quelques neurones de diff\u00e9rence"},"content":{"rendered":"<p><strong>Des chercheurs de l&rsquo;Institut des neurosciences de l&rsquo;Universit\u00e9 Paris-Saclay ont \u00e9tudi\u00e9 le d\u00e9veloppement du cerveau d\u2019une \u00e9tonnante esp\u00e8ce de poissons : <em>Astyanax mexicanus<\/em>. Au sein de ce m\u00eame groupe en effet, deux types d\u2019individus se distinguent : certains nagent en surface, sont color\u00e9s et voient parfaitement, d\u2019autres, au contraire, vivent dans des grottes sombres, sont d\u00e9pigment\u00e9s, aveugles, et surtout, ne dorment presque jamais. Des disparit\u00e9s morphologiques et comportementales que les chercheurs attribuent \u00e0 une diff\u00e9rence dans le nombre d\u2019un type particulier de cellules c\u00e9r\u00e9brales : les neurones orexinergiques.<\/strong><\/p>\n<p class=\"first-paragraph\">Entre ces deux poissons, difficile de trouver un point commun. L\u2019un nage dans les eaux de surface des rivi\u00e8res d\u2019Am\u00e9rique Latine, o\u00f9 il laisse entrevoir les reflets color\u00e9s de ses \u00e9cailles. L\u2019autre, aveugle et d\u00e9pigment\u00e9, se cache dans les profondeurs de grottes sous-marines mexicaines. Et pourtant, tous les deux appartiennent \u00e0 une seule et m\u00eame esp\u00e8ce : <em>Astyanax mexicanus<\/em>. Plus connus sous le nom de t\u00e9tras mexicains, ces poissons, de la famille des Characid\u00e9s, peuvent atteindre une douzaine de centim\u00e8tres de longueur.<br \/>\nDes chercheurs de l&rsquo;Institut des neurosciences de l&rsquo;Universit\u00e9 Paris-Saclay ont \u00e9tudi\u00e9 en d\u00e9tail le d\u00e9veloppement embryonnaire de ces \u00e9tonnants animaux, et en particulier celui de leur cerveau. Ils ont alors d\u00e9couvert que c\u2019est au cours des premi\u00e8res \u00e9tapes de sa formation que se trouvent les cl\u00e9s qui permettent d\u2019expliquer les diff\u00e9rences entre les t\u00e9tras cavernicoles et leur cong\u00e9n\u00e8res de surface.<\/p>\n<p><strong>Des diff\u00e9rences pr\u00e9coces<\/strong><\/p>\n<p>Dix heures seulement apr\u00e8s la f\u00e9condation, les t\u00e9tras cavernicoles commencent en effet \u00e0 d\u00e9velopper en plus grand nombre un type de cellules c\u00e9r\u00e9brales bien sp\u00e9cifique : les neurones orexinergiques.<br \/>\nAussi nomm\u00e9es neurones \u00e0 hypocr\u00e9tines, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019autre appellation du neurotransmetteur qu\u2019elles s\u00e9cr\u00e8tent &#8211; l\u2019orexine &#8211; ces cellules ont un r\u00f4le crucial dans la r\u00e9gulation du sommeil. Concentr\u00e9es notamment dans l\u2019hypothalamus, elles sont capables de stimuler l\u2019organisme pour le maintenir en \u00e9tat d\u2019\u00e9veil. Une facult\u00e9 qui est d\u2019ailleurs suspect\u00e9e, en cas de dysfonctionnement, d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019origine de la narcolepsie chez l\u2019Homme.<br \/>\nSelon l\u2019\u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e par les scientifiques de l&rsquo;Universit\u00e9 Paris-Saclay, publi\u00e9e tout r\u00e9cemment dans la revue eLife, l\u2019influence pr\u00e9coce de deux prot\u00e9ines, baptis\u00e9es Shh et Fgf, est responsable de la multiplication des neurones orexinergiques chez les t\u00e9tras cavernicoles d\u00e8s les premi\u00e8res heures de leur d\u00e9veloppement.<br \/>\nCette quantit\u00e9 accrue de neurones responsables de l\u2019\u00e9veil explique ainsi indubitablement le comportement particulier du t\u00e9tra des grottes ; lui qui, contrairement \u00e0 ses cong\u00e9n\u00e8res de surface, ne dort presque jamais. Un comportement probablement li\u00e9 \u00e0 son mode d&rsquo;alimentation. \u00ab\u00a0<em>Nous avons d\u00e9couvert pr\u00e9c\u00e9demment que le sommeil est augment\u00e9 chez les poissons cavernicoles durant les p\u00e9riodes prolong\u00e9es de famine. Cela a permis de sugg\u00e9rer qu\u2019ils r\u00e9primaient leur sommeil afin de chercher de la nourriture \u00e0 la saison humide, quand elle est abondante\u00a0<\/em>\u00bb, explique James Jaggard, chercheur \u00e0 la <em>Florida Atlantic University<\/em>, aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p><strong>Un Comportement et une morphologie en \u00e9troite relation<\/strong><\/p>\n<p>Outre cette modification du comportement, la diff\u00e9rence du nombre de neurones \u00e0 hypocr\u00e9tines observ\u00e9e entre les deux poissons semble \u00e9galement \u00eatre li\u00e9e \u00e0 leur disparit\u00e9 morphologique.<br \/>\nLes scientifiques suspectent en effet une relation directe entre les m\u00e9canismes qui ont conduit le t\u00e9tra carvenicole \u00e0 perdre la vue, et celui qui explique son \u00e9veil quasi-permanent,\u00a0comme l\u2019explique dans un communiqu\u00e9\u00a0le co-auteur de l\u2019\u00e9tude Jorge Torres-Paz, chercheur post-doctorant au CNRS : \u00ab\u00a0<em>De fa\u00e7on int\u00e9ressante, nous avons d\u00e9couvert que la variation du nombre de\u00a0neurones orexinergiques intervient durant les premi\u00e8res \u00e9tapes du d\u00e9veloppement embryonnaire, qui se produisent dans les 10 premi\u00e8res heures qui suivent la f\u00e9condation. Cela sugg\u00e8re que les m\u00e9canismes qui conduisent \u00e0 la perte des yeux peuvent \u00e9galement intervenir dans le d\u00e9veloppement du cerveau et du comportement, comme le sommeil.<\/em>\u00a0\u00bb<br \/>\nOutre son aspect, c\u2019est d\u00e9sormais avant tout le rythme de vie particulier du t\u00e9tra cavernicole qui int\u00e9resse les chercheurs. La d\u00e9couverte de ses origines physiologiques pourrait leur permettre de mieux expliquer les diff\u00e9rences observ\u00e9es dans le monde animal. \u00ab\u00a0<em>Nos r\u00e9sultats sont en faveur du r\u00f4le de l\u2019hypocr\u00e9tine en relation avec le sommeil chez d\u2019autres animaux, et fournissent ainsi une nouvelle fa\u00e7on d\u2019\u00e9tudier les diff\u00e9rences de sommeil dans le r\u00e8gne animal tout entier.<\/em> \u00bb<br \/>\nUne perspective qui pourrait m\u00eame d\u2019ailleurs trouver des applications dans le domaine de la sant\u00e9 humaine. Les t\u00e9tras cavernicoles, au sommeil si l\u00e9ger, pourraient sans doute constituer des mod\u00e8les parfaits pour \u00e9tudier les troubles tels que l\u2019insomnie. Depuis leur antre sombre, les t\u00e9tras des cavernes pourraient, bien malgr\u00e9 eux, nous aider un jour \u00e0 retrouver le sommeil.<\/p>\n<h5 style=\"text-align: right;\"><em>(Emmanuel Perrin)<\/em><\/h5>\n<div id=\"ConnectiveDocSignExtentionInstalled\" data-extension-version=\"1.0.4\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des chercheurs de l&rsquo;Institut des neurosciences de l&rsquo;Universit\u00e9 Paris-Saclay ont \u00e9tudi\u00e9 le d\u00e9veloppement du cerveau d\u2019une \u00e9tonnante esp\u00e8ce de poissons : Astyanax mexicanus. Au sein de ce m\u00eame groupe en effet, deux types d\u2019individus se distinguent : certains nagent en surface, sont color\u00e9s et voient parfaitement, d\u2019autres, au contraire, vivent<span class=\"more-link\"><a href=\"https:\/\/icaif.org\/index.php\/2020\/05\/04\/ces-poissons-nont-que-quelques-neurones-de-difference\/\">En savoir +<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1404,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["entry","author-admin7729","post-1403","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-decouverte"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/icaif.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1403","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/icaif.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/icaif.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/icaif.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/icaif.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1403"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/icaif.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1403\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1405,"href":"https:\/\/icaif.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1403\/revisions\/1405"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/icaif.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1404"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/icaif.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1403"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/icaif.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1403"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/icaif.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1403"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}