Des méduses pour remplacer les poissons rouges ?

La coûteuse mode des méduses va-t-elle remplacer celle du bon vieux poisson rouge ?

Loin des désagréments qu’elles causent sur les côtes, les méduses suscitent de plus en plus l’engouement des visiteurs des aquariums, qui se perdent dans la contemplation de leurs tentacules. Certains ont flairé le filon : le marché est en plein développement, aussi bien chez les particuliers que chez les professionnels.
Leur ballet hypnotique et coloré fascine depuis longtemps. Désormais, il est possible d’admirer l’ondoiement des méduses chez soi, dans un aquarium trônant dans son salon. Un nouvel animal de compagnie inenvisageable il y a encore quelques années, rendu possible par un marché qui vient d’émerger.
C’est lorsqu’il travaillait à la Cité de la mer, à Cherbourg (Normandie), que le biologiste Matthieu Boizumault et son collègue Nicolas Cagnon ont perçu le potentiel des méduses. « Leur aquarium était toujours celui devant lequel les gens s’arrêtaient et restaient le plus longtemps. On s’est dit qu’il y avait forcément quelque chose à faire », raconte Matthieu Boizumault.
À l’époque, seule une start-up américaine commercialisait des aquariums à méduses. Mais elle n’en élevait pas. Les deux biologistes ont donc décidé de lancer en 2012 Jellyfish Concept, leur ferme d’élevage. Une première en Europe. Actuellement, seules quatre entreprises d’élevage se partagent le marché à travers le monde.

Pas un simple bibelot

Une niche fructueuse puisque, sept ans après sa création, Jellyfish Concept élève entre 8 000 et 12 000 méduses par an, qu’ils vendent en grande partie à l’international. Un quart d’entre elles sont achetées directement par des particuliers. Et pas seulement par des initiés : « C’est souvent des personnes qui n’avaient pas forcément d’aquarium chez elles avant. Elles sont attirées par le côté esthétique et apaisant du déplacement de la méduse. En cela, l’effet est complètement différent de celui produit par des aquariums à poissons », estime Matthieu Boizumault, qui est désormais seul aux manettes de la société.
Mais accueillir des méduses à son domicile ne revient pas à acheter un nouveau bibelot qu’on déposerait sur une étagère. Il s’agit avant tout d’animaux vivants, et des conditions spécifiques doivent être remplies. Même si, n’ayant pas de cerveau, elles ne perçoivent pas la différence entre un océan et un bocal d’un mètre, et ne souffriront donc pas de l’enfermement, elles ne pourront survivre que dans un aquarium adapté, composé d’eau de mer, où ne se trouvent pas d’autres espèces et avec un courant qui va les maintenir en suspension. Pour les nourrir, des œufs de plancton sont vendus, à faire éclore chez soi.

Cela reste un luxe

Des contraintes qui ont un coût. Pour installer des méduses chez soi, il faut investir au minimum 300 €, une somme pouvant grimper jusqu’à 100 000 € pour les grands aquariums. L’animal seul coûte 45 € pour une taille moyenne, avec une durée de vie comprise entre huit mois et un an et demi. Les méduses sont donc encore loin d’être les poissons rouges de demain. D’ailleurs, le fondateur de Jellyfish Concept ne le souhaite pas : « On a été approchés par des grandes chaînes d’animaleries de France, mais elles ne sont pas formées pour s’occuper de ça, alors on a préféré refuser. Il vaut mieux en vendre un peu moins et le faire correctement, en gardant une bonne image », estime-t-il.
Mais même si ces êtres composés à 95 % d’eau ne sont pas accessibles à toutes les bourses, il n’empêche qu’une vraie tendance émerge. « Le marché augmente en permanence, on a de plus en plus de demandes. En particulier dans la partie luxe et haut de gamme, chez les grosses structures. En France, ça reste marginal, mais on en voit beaucoup au Royaume-Uni, en Espagne… Or, plus on va en voir, plus ça va donner des idées. Je pense que c’est vraiment le début et que ça va partir assez fort », veut croire Matthieu Boizumault.
Parmi ses récents clients se trouvent un hôtel à Marseille, un bar-restaurant à Bayonne, le futur hall d’entrée d’une grande entreprise… De nombreux spas se sont également équipés de ces captivantes créatures. Un véritable atout zen qui a même rejoint les salles d’attente de quelques dentistes à court d’idées pour détendre leurs patients.

(Ouest-France – Laura Daniel)

Author: Claude R.

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